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Le Gévaudan est une région du Massif Central située dans le département de la Lozère. Au sein de ses épaisses forêts, vivait, dit-on, et se rendit célèbre entre 1765 et 1767, cette Tueuse qui réveille encore nos peurs les plus profondes, fait hurler le vent du soir et peuple les mémoires de cauchemars à pelages bruns.
Dans cette contrée sauvage, pendant plus de deux années, en dépit des battues, des embuscades, des pièges, malgré les primes et la levée d'un régiment de dragons par Louis XV, le tocsin ne cessait de sonner d'un village à l'autre pour signaler une nouvelle victoire de la Bête qui fit, au total, une bonne centaine de victimes. Aucun habitant de la région ne se risquait à sortir sans une arme. Mais que pouvaient faire, face au monstre, les pastoureaux et les pastourelles qui ne possédaient comme moyen de défense qu'un couteau emmanché au bout d'une longue pique?
Cet être apparemment invincible et doué d'ubiquité (à diverses reprises, en effet, des paysans avaient signalé sa présence dans plusieurs endroits à la fois) était-il seulement constitué par une multitude de gros loups attaquant chacun à l'intérieur de son territoire? S'agissait-il, comme on l'avança, de quelque hybride mangeur de fillettes et de garçonnets: Lycaon, Cynhyène, Hyène de Barbarie laquelle avait autrefois vécu dans le pays qui précédait la Gaule, Loup-Hyène des temps préhistoriques? Avait-on affaire, enfin, à un animal légendaire, Bête de mal, de meurtre et de terreur, que seule une candide héroïne comme Marie-Jeanne, la jeune servante du curé de Paulhac, pouvait faire reculer? Mais Bête insaisissable parce que matériellement "absente" et qui disparaîtra, du jour au lendemain, sans qu'on n'ait jamais su pourquoi...
Qu'importent les tentatives d'explications, face à l'énigme qui demeure. Ce que l'on n'ignore pas, puisque la chronique l'atteste, ce sont les cadavres de jeunes filles et de jouvenceaux qui furent abattus dans l'herbe à odeur de sauge des hauteurs de la Margeride. Nul ne saurait dire pourquoi cette créature effrayante ne choisit aucune de ses victimes parmi les hommes adultes. On trouve dans de multiples rapports les récits de ces macabres découvertes. Il y a des détails saisissants dans ces descriptions qui évoquent un sadique au travail.
Qui était cette Bête qui s'asseyait comme nous le faisons pour méditer et recevait les coups de fusil sans paraître les craindre ni rien faire d'autre que de reculer? En tout cas les habitants du Gévaudan, région où les loups étaient plus communs que les renards, n'ont jamais cru qu'il s'agissait d'un fauve de cette sorte. Et très vite, ils ont été persuadés qu'on ne percerait jamais le mystère. L'avenir leur a donné raison.
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