
L'ancienneté du peuplement de ce sol qui allait devenir le Périgord est attestée de prestigieuse façon par ce véritable sanctuaire de la Préhistoire qu'est la Vallée de la Vézère.
Les tribus gauloises, industrieuses et prospères, riches de leur possession des secrets de la métallurgie du fer, se fédérèrent et devinrent les Pétrocores que les Romains s'attachèrent à intégrer dans leur Empire en édifiant une prestigieuse ville de colonisation, Vésone, à laquelle il conférèrent le doit de cité, dès le premier siècle.
Après les invasions, l'antique
Civitas Pétrocorium laissa place à un
Comté du Périgord qui joua un rôle dans la lutte
de l'indépendante Aquitaine, avant d'entrer dans le giron de
la monarchie française. Henri IV fut le dernier Comte de cette
province.
Ce pays, pendant la Guerre de Cent Ans, frontière indécise entre les possessions du roi de France et les terres anglaises, fut le théâtre de combats incessants. Il se hérissa de châteaux et se peupla de bastides rivales. Les luttes féodales y furent rudes; l'esprit de Liberté y souffla très tôt: les villes gagnèrent le droit de s'administrer par les Consulats et érigèrent des murailles de défense autour des cités.
Après les destructions et les massacres des Guerres de Religion (1562-1598) ces dispositifs militaires servirent pour la dernière fois pendant les troubles de la Fronde (1649-1652).
Sous la Révolution, le département du Périgord, qui devait avoir pour chefs-lieux alternatifs Périgueux, Bergerac et Sarlat ne conserva son nom que peu de temps et devint, en 1790, le département de la Dordogne, avec Périgueux pour chef-lieu définitif.
Riche de mille châteaux, ce pays l'est aussi de deux noms, Périgord, chargé d'histoire, Dordogne évoquant la plus belle rivière de France.
Traversé par le 45e parallèle, idéalement situé à mi-distance entre le Pôle et l'Equateur, le Périgord est également éloigné de l'Atlantique, dont il ressent la douceur hivernale sans en recevoir les embruns, et du Massif Central qui lui épargne la monotonie des plaines sans lui imposer les rigueurs de son climat.
Depuis son point culminant en forêt de Vieillecour (478 mètres), pareil à un éventail incliné vers l'Aquitaine girondine, converge le faisceau de ses rivières aux noms charmants qui l'agrémentent de leurs eaux et de leurs vallées. Le Périgord présente ainsi une singulière variété de paysages: rocs et torrents du Nontronnais, étangs de la double, collines douces et humanisées du Périgord Blanc, pechs rugueux et pierrailles du Périgord Noir, terres grasses de la basse Dordogne où prospèrent le tabac et la vigne.
Avec l'exploitation de son minerai de fer et ses forges fonctionnant de temps immémorial, le Périgord connut une prospérité industrielle qui s'éteignit au siècle dernier. L'extrême diversité de ses productions agricoles, - dont certaines comme la truffe, les foies gras la noix et son huile, quelques-uns de ses crus, tel le Monbazillac, sont sans rivales -, lui a assuré une réputation de terroir riche et bien nanti dont il importe de soutenir le renom.
Mais cette prospérité n'affecte pas toute son économie puisque ce département est l'un des plus touchés par le recul démographique alors qu'il attire de plus en plus les étrangers.
Le Périgord demeure en effet le pays de la douceur de vivre, pour celui qui visite ce sol fertile en attraits: cités fières de leurs monuments antiques ou romans comme Périgueux, de leurs logis Renaissance comme Sarlat, Brantôme, et ces nids d'aigles ou demeures seigneuriales... Terre bénie de la Préhistoire, dont les Eyzies sont la Mecque et la grotte de Lascaux, la chapelle Sixtine, le moindre itinéraire offre la surprise d'horizons captivants, à l'échelle de l'homme, tels ceux de la Barre de Domme, du Cingle de Trémolat, de la Côte de Jor; ou bien ce sont des routes paisibles musant parmi la verdure des prairies, le long des fougères, en des bois propices aux promenades où se tapissent les champignons, délices des fins gourmets.
Trait commun aux hommes qui illustrèrent ce sol: la recherche de l'indépendance et de la liberté. Elle s'exprima parfois par l'épée, parfois par la plume.
De grands soldats, le Périgord en compte, au premier rang desquels le rebelle invaincu Grelety, capitaine du grand soulèvement populaire des Croquants en 1638-40, le sabreur d'Empire Fournier-Sarlovèze (1775-1827), le général Daumesnil, héros de Vincennes (1766-1832), le maréchal Bugeaud colonisateur de l'Algérie (1784-1849).
Mais c'est toutefois dans la République des Lettres qu'on rencontrera le plus grand nombre de Périgordins illustres, au gré d'une promenade à travers la Dordogne. La plus complète et captivante connaissance que l'on puisse lier avec le Périgord, c'est celle qui consiste à lire à lire les grands romans d'Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, le Moulin de Frau, L'Ennemi de la Mort, puis à suivre les pas de leurs héros, selon les trois itinéraires ménagés pur les visiteurs curieux des paysages, des hommes et des choses propres à ce terroir.
En Nontronnais, saluons le romaniste Chabaneau (1831-1908) l'historien Georges Rocal (1888-1967). En Ribéracois, le troubadour Arnaud Daniel (XIIIe siècle) car il ne faut pas ignorer que c'est du Périgord que prit son essor l'art courtois de tous les Pays d'Oc.
Sur les bords de la Dronne, le château de Bourdeille et l'Abbaye de Brantôme nous permettent de retrouver le souvenir du chroniqueur Brantôme (1534-1614), qui dort au château de Richemont. Thiviers a vu naître le romancier Bourliaguet.
Dans la région d'Excideuil, nous rendrons hommage au troubadour Giraut de Borneil (XIIIe siècle) et, au château d'Essendiéras, à André Maurois (1885-1967). Périgueux conserve la mémoire du pamphlétaire dramaturge Lagrange-Chancel (1677-1758), du polémiste catholique Léon Bloy (1846-1917), des femmes de lettres G. de Peyrebrune (1848-1917) et Rachilde (1862-1953), du poète d'Oc Pestour (1855-1965).
A Tourtoirac, on s'inclinera sur le tombeau du prince d'Araucanie, Antoine de Tounens (1825-1878) et on arrivera au château d'Hautefort, repaire du troubadour Bertan de Born (XIIIe siècle) qui garde des souvenirs du romancier Eugène le Roy (1836-1907), mort à Montignac, dans la patrie du penseur Joubert (1754-1824), et du fabuliste Lachambeaudie (1806-1878).
A Salignac, au Toulgou, à Erignac, sommeille la mémoire du plus prolixe écrivain de son temps, le mousquetaire La Calprenède (1612-1663). Sarlat nous offre à admirer le manoir et la maison natale de La Boétie (1530-1563). Nous sommes en plein pays des juristes avec Sirey (1762-1845), de Malville, de Domme, un des rédacteurs du Code Civil (1741-1824), du sociologue de Tarde (1843-1904). A Fondaumier trouva l'inspiration le romancier moderne Albéric Cahuet. Le château de Sainte-Mondane nous recevra pour évoquer le grand Fénelon qui naquit là (1651-1715). A Cadouin vit le jour Louis Delluc (1890-1924) cinéaste, inventeur de la critique de l'écran. Vergt se souvient d'avoir donné le jour au Brillat-Savarin du Périgord, le spirituel Fulbert-Dumonteil (1830-1912).
Après avoir salué à Grateloup, près de Bergerac la sépulture du philosophe Maine de Biran (1766-1824) on honorera à Port-Sainte-Foy le critique d'Art Elie Faure (1873-1937) et on terminera ce périple par l'émouvante halte dans la Tour de Librairie du château de Montaigne (1533-1592). Le philosophe commença sa carrière de magistrat à la Cour des Aydes de Périgueux, ville dont il conserva un chaleureux souvenir.
Le Bugue et la France méconnurent injustement le docteur Jean Rey (1583-1645) qui avait, avec un siècle d'avance découvert le principe de la pesanteur de l'air et de l'oxydation des métaux. La Dordogne bergeracoise a été fertile en talents de théâtre avec les frères Mounet et surtout le grand Mounet-Sully (1841-1916), le tragédien Lafon, de Lalinde, (1775-1846) qui fut le rival de Talma. Terrasson a donné le jour au conventionnel poète, et surtout peintre, Gabriel Bouquier (1739-1800) tandis qu'Eymet fut le berceau du compositeur de musique, qui joua dans les Cours d'Europe Jean-Baptiste Lemoyne (1751-1796). Mais les plus grands artistes du Périgord demeurent anonymes, ce sont les merveilleux animaliers qui ont orné les grottes incomparables de Lascaux et des Eyzies.
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